La réforme du règlement européen sur les dessins et modèles (paquet « Dessins et modèles »)

Gianpaolo Todisco - Associé

Le système européen de protection des dessins et modèles industriels a été mis en place en grande partie au cours de la première moitié des années 2000, avec la directive 98/71/CE et le règlement (CE) n° 6/2002 (le « règlement sur les dessins et modèles communautaires »). Avec l'évolution des technologies — impression 3D, réalité virtuelle / augmentée, designs numériques / interfaces graphiques —, le régime actuel était devenu, à certains égards, obsolète ou incertain.

En réponse, l'Union européenne a adopté un « paquet de réformes » connu sous le nom de « Designs & Models Package », qui comprend :

  • Le règlement (UE) 2024/2822, qui modifie le règlement sur les dessins et modèles de l'UE ;

  • La directive (UE) 2024/2823, une version révisée de la directive sur les dessins et modèles nationaux, qui doit être transposée dans les différents États membres.

La réforme entrera en vigueur progressivement (phase I à partir du 1er mai 2025, suivie d'autres modifications en 2026 et de transpositions nationales jusqu'en 2027).

L'objectif déclaré est de moderniser le régime, de le rendre plus adapté aux nouvelles technologies, plus efficace et plus accessible, en particulier pour les PME, les concepteurs numériques et les innovateurs.

Les principales nouveautés introduites (Phase I — à compter du 1er mai 2025)

1. Nouvelle terminologie et adaptation lexicale

  • On abandonne l'expression « Community Design / Community Design Regulation » au profit de « European Union Design (EU Design) » / « Règlement sur les dessins et modèles de l'Union européenne ».

  • Les droits déjà enregistrés ou en cours d'enregistrement sont automatiquement renommés (il n'est pas nécessaire de déposer une nouvelle demande).

Les entreprises devront mettre à jour leurs contrats, leurs documents et leurs nomenclatures internes afin de s'adapter à la nouvelle terminologie.

2. Extension du sujet protégé et de l'objet du dessin ou modèle

La réforme élargit considérablement l'éventail des éléments pouvant être protégés en tant que dessins et modèles :

  • Le concept de « design » englobe les animations, les mouvements, les transitions et d'autres éléments dynamiques.

  • La notion de « produit » ne se limite plus aux seuls objets physiques : les éléments numériques, les interfaces graphiques (GUI), les mises en page, les modèles et les « environnements spatiaux » peuvent également être considérés comme des produits susceptibles d'être enregistrés.

  • Les caractéristiques qui ne sont pas visibles en permanence — par exemple, un élément qui n'apparaît que lorsque l'appareil est allumé — peuvent être protégées, à condition qu'elles soient clairement décrites dans la demande d'enregistrement.

Ces changements revêtent une importance particulière pour les secteurs du numérique, de l'Internet des objets (IoT), de l'automobile et du design industriel de pointe.

3. Nouvelles restrictions / exceptions au droit exclusif

Afin de contrebalancer ce renforcement de la protection, le règlement prévoit certaines exceptions :

  • Clause de référence / utilisation à titre de référence: la reproduction d'un dessin ou modèle est autorisée dans le but d'identifier un produit ou d'y faire référence.

  • Parodie, critique, commentaire: ces utilisations, dans les limites de la liberté d'expression et sans porter atteinte à l'exercice normal du droit, peuvent être admises.

  • Clause de réparation permanente: dans le cas de produits « complexes », les pièces de rechange (composants) utilisées exclusivement pour rétablir l'aspect d'origine du produit ne bénéficient d'aucune protection.

  • Il est également interdit de créer, télécharger, partager ou diffuser des fichiers numériques (logiciels, supports numériques) permettant la production de modèles protégés (par exemple pour l'impression 3D). Cette mesure vise à lutter contre le phénomène de la diffusion de « clones numériques ».

Ces exceptions visent à préserver des marges de manœuvre, à prévenir les abus et à protéger les secteurs de la réparation et de l'innovation.

4. Procédures de dépôt, d'examen et formalités

Plusieurs aspects procéduraux ont été simplifiés :

  • L'obligation de déposer des échantillons physiques (specimens) est supprimée.

  • Il n'est plus nécessaire que toutes les versions d'une application relèvent de la même classe de Locarno (« unity of class ») : il est désormais possible de présenter des dessins appartenant à des classes différentes (dans la limite de 50 dessins par demande).

  • La date de dépôt est réservée et la taxe peut être acquittée dans un délai d'un mois pour la conserver.

  • Le système de « publication différée » est harmonisé : il n'est plus soumis au paiement de la taxe de publication.

Ces simplifications devraient réduire les obstacles à l'accès et rendre le système plus accessible.

5. Modifications tarifaires et renouvellements

Le régime tarifaire fait l'objet d'une révision :

  • Les frais de dépôt/enregistrement et de publication sont harmonisés, ce qui met fin aux distinctions existantes.

  • Les taxes de renouvellement augmentent progressivement et ont tendance à décourager le maintien des dessins et modèles « en sommeil ».

  • De nouveaux tarifs sont mis en place pour les modifications apportées à un dessin ou modèle enregistré, les procédures spéciales et d'autres actes administratifs.

Ces changements incitent les gestionnaires à adopter une gestion active de leurs portefeuilles de design.

6. Voies de recours et opposition

  • Une procédure accélérée est mise en place pour les cas d'invalidité lorsque la partie adverse ne conteste pas la décision.

  • Il ne sera plus possible de modifier un dessin ou modèle « faisant l'objet d'une opposition » afin de supprimer les éléments contestés (par exemple par le biais d'une renonciation partielle).

  • Les procédures d'opposition et d'annulation sont harmonisées et simplifiées.

Ces outils visent à réduire les pratiques de « trolling » et à renforcer la fiabilité du système.

Opportunités pour les entreprises, les designers et les PME

  1. De nouvelles formes de protection — Les personnes qui travaillent dans le domaine du design numérique, des interfaces et des environnements virtuels pourront enfin bénéficier d'une protection explicite.

  2. Une plus grande accessibilité — des procédures simplifiées et des coûts plus prévisibles profitent à ceux qui, jusqu'à présent, s'abstenaient d'enregistrer leurs dessins et modèles pour des raisons économiques ou administratives.

  3. Stratégies intégrées — il est désormais plus facile de combiner design, marques et droits d'auteur dans les versions numériques ou hybrides des produits.

  4. Contrôle de la distribution numérique — la réglementation contre le partage de fichiers permet de s'attaquer à la copie « numérique » avant qu'elle ne se traduise en produits physiques.

Défis et points critiques

  1. Ambiguïtés d'interprétation — termini come “chiarezza nella rappresentazione”, “visibilità sufficiente” saranno interpretati nel tempo; la secondaria normativa (fase II) è cruciale.

  2. Coûts de renouvellement élevés — pour ceux qui possèdent de nombreux portefeuilles, les hausses tarifaires pourraient rendre le maintien de marges marginales insoutenable.

  3. Transposition des lois nationales — chaque État membre devra adapter sa législation d'ici 2027 (directive 2024/2823).

  4. Équilibre avec le droit d'auteur / Conception par IA — la réforme n'aborde pas explicitement la question des créations générées par l'intelligence artificielle, ni celle du chevauchement avec le droit d'auteur dans certains contextes numériques.

  5. Application pratique — l'uniformité effective au sein des services nationaux et l'harmonisation des critères opérationnels ne peuvent être garanties du jour au lendemain.

Que faire aujourd'hui : conseils pratiques

  • Réévaluez votre portefeuille de projets de design actuel et identifiez les plus stratégiques, notamment à la lumière des nouveaux coûts de renouvellement.

  • Pensez à déposer à l'avance les dessins et modèles susceptibles de bénéficier de cette nouvelle protection (par exemple, les versions animées ou numériques).

  • Mettez à jour les contrats, les licences et la documentation juridique interne en utilisant la nouvelle terminologie (« EU Design », symbole Ⓓ).

  • Préparez-vous à la transition : suivez les lignes directrices de l'EUIPO et suivez de près la législation dérivée de la phase II.

  • Les magasins font l'objet de contrôles et d'audits périodiques afin de vérifier leur conformité aux nouvelles règles, notamment en ce qui concerne la présentation et les modalités de stockage.

Conclusion

La réforme du règlement européen sur les dessins et modèles constitue une étape importante dans la modernisation du droit des dessins et modèles en Europe. Elle introduit des outils et des protections adaptés à l'ère numérique, tout en les équilibrant par des exceptions et des limitations.

Mais son véritable succès dépendra de la manière dont elle sera mise en œuvre : par les États, les administrations nationales et l’interprétation jurisprudentielle. Les entreprises et les créateurs les plus visionnaires peuvent d’ores et déjà commencer à se positionner stratégiquement pour tirer parti de ces nouveautés, en réduisant les risques et en saisissant les opportunités.

#DesignUE #RéformeDuDesign #ProtectionDuDesign #DesignIndustriel #DroitsDeDesign #InnovationEnDesign #StratégieDeDesign

Retour
Retour

Droits d'auteur et IA générative : qui est le « véritable » auteur ?

Suivant
Suivant

Piracy Shield et droits fondamentaux : le système italien de lutte contre le piratage sous la loupe de l'Union européenne