Les bandes sonores des défilés. Licences musicales et droits d'auteur

Les défilés de mode sont devenus des spectacles multimédias dans lesquels la musique joue un rôle narratif déterminant. Cependant, derrière le glamour se cache un cadre juridique complexe qui régit l'utilisation du son dans les espaces publics et numériques. Cet article explore l'intersection entre le droit d'auteur, la musique et la mode.

À la suite des récentes semaines de la mode à Londres, Milan et Paris, une question juridique se pose concernant l'utilisation de chansons lors des défilés. La diffusion de musique dans un espace public peut nécessiter l'obtention des licences appropriées auprès des titulaires des droits d'auteur ou des organismes de gestion des droits d'exécution, afin de garantir le respect de la législation sur la propriété intellectuelle.

La musique est devenue un élément essentiel de la stratégie narrative de la mode. Une bande-son bien choisie peut transformer un défilé en une expérience sensorielle intense qui détermine non seulement le ton de la collection, mais aussi son ambiance et son rythme. Cette attention a un coût élevé : certaines marques investissent jusqu’à 500 000 euros pour obtenir les droits d’utilisation de morceaux mondialement connus pour un court défilé de 20 minutes.

Par ailleurs, un nombre croissant de maisons de couture collaborent avec des compositeurs, des producteurs ou des DJ pour créer un univers sonore unique. L'objectif est simplement de créer une musique qui captive le public et capture l'essence même de la mode.


Mentions légales

L'un des principaux défis liés au choix de la musique pour les défilés de mode consiste à garantir le respect total des lois sur le droit d'auteur et des réglementations en matière de licences. Les organisateurs doivent obtenir les licences, les autorisations et les accords de redevances appropriés auprès des titulaires des droits. Il peut s'agir de compositeurs, d'éditeurs, d'artistes et de maisons de disques.

Les conditions et les coûts liés aux licences peuvent varier considérablement en fonction de l'origine, du type et de la durée du morceau. Pour s'y retrouver dans cette complexité, il est essentiel de planifier à l'avance, de prévoir un budget pour les droits de licence et de solliciterl'avis de juristes et de professionnels du secteur musical. Cette approche proactive permet d'éviter les litiges juridiques, les amendes ou d'autres sanctions.

La musique étant un bien relevant de la propriété intellectuelle, chaque morceau diffusé lors d'un défilé bénéficie de différents niveaux de protection au titre du droit d'auteur :

  • Droits d'auteur: paroles et mélodie (appartenant à l'auteur et à l'éditeur)

  • Droits d'enregistrement sonore: l'interprétation enregistrée en question (propriété de la maison de disques)

L'utilisation publique d'un morceau, que ce soit lors d'un spectacle en direct ou en ligne (par exemple, diffusion en direct, vidéos de campagnes promotionnelles...), nécessite à la fois des licences d'exécution et des licences de synchronisation.

Types de licences

  • Licence d'exécution publique : nécessaire pour diffuser de la musique enregistrée dans des lieux publics, tels que les défilés de mode et les événements.

  • Licence de synchronisation :  requise lorsque la musique est associée à un contenu visuel, par exemple dans le cadre de spectacles diffusés en direct ou d'autres vidéos de défilés de mode.

  • Licence mécanique :  couvre la reproduction d'œuvres sous forme physique ou numérique.

  • Licence de diffusion en continu :  s'applique lorsque l'événement est diffusé ou partagé en ligne.

Principes et cadres juridiques fondamentaux des licences musicales dans l'UE

Organismes de gestion collective (OGC)

En Europe, les droits musicaux sont gérés par des sociétés de gestion collective telles que la SIAE en Italie, la GEMA en Allemagne et la SACEM en France. Ces organismes sont chargés de délivrer les licences, de percevoir les droits d'auteur et de répartir les redevances entre les compositeurs, les interprètes et les autres titulaires de droits. Les sociétés de gestion collective (SGC) fonctionnent généralement à but non lucratif ou sont directement contrôlées par les titulaires de droits eux-mêmes. Cette structure contribue à garantir que les créateurs conservent une influence sur la manière dont leurs œuvres sont utilisées et monétisées.

Directives de l'UE

Le cadre juridique de l'UE régissant les licences musicales repose principalement surtrois directives fondamentales:

  • Directive 2001/29/CE : Directive sur la société de l'information

Cette directive établit les droits exclusifs de reproduction, de communication au public et de mise à la disposition du public. La diffusion de musique lors d'un défilé de mode constitue une « communication au public » et nécessite donc l'autorisation ou la licence des titulaires des droits.

  • Directive 2014/26/UE : directive sur la gestion collective des droits

Elle régit le fonctionnement des OGC, en garantissant la transparence, une rémunération équitable et l'efficacité des licences transfrontalières entre les États membres.

Avant l'adoption de la présente directive, la législation italienne conférait à la SIAE le monopole légal de la gestion collective des droits d'auteur. Cet accord exclusif est resté en vigueur jusqu'à la réforme de 2017, qui a ouvert le marché à de nouveaux opérateurs. Toutefois, en vertu du cadre juridique actualisé, seules les entités répondant aux critères d'une société de gestion collective (SGC) sont autorisées à gérer les droits d'auteur en Italie. Cette restriction a suscité un débat qui se poursuit encore aujourd'hui, notamment en réponse aux pressions exercées au niveau de l'UE et aux arrêts de la CJUE (affaire C-10/22, LEA contre Jamendo).

  • Directive (UE) 2019/790 : Le droit d'auteur dans le marché unique numérique

Elle transpose la directive InfoSoc et modernise le cadre réglementaire de l'UE en matière de droit d'auteur afin de tenir compte des utilisations numériques et en ligne, telles que les défilés de mode diffusés en direct ou les campagnes de mode numériques.

En résumé, la musique utilisée lors d'un défilé de mode relève du droit de communication au public établi par la directive 2001/29/CE. Toutefois, lorsque ces événements sont partagés en ligne ou diffusés en direct, la directive (UE) 2019/790 adaptera ce cadre à l'environnement numérique.

Une fois définies les principales directives européennes et les principes de gestion collective qui régissent les licences musicales, plusieurs défis pratiques subsistent.

Malgré les efforts constants d'harmonisation, le paysage européen des licences musicales reste fragmenté. Cela est particulièrement vrai dans les contextes transfrontaliers et dans le domaine du streaming numérique.

Zones d'ombre et défis juridiques

L'une des principales difficultés auxquelles sont confrontées les maisons de couture lorsqu'elles organisent des défilés dans différentes villes européennes réside dans la nature territoriale du droit d'auteur. Une chanson autorisée en Italie pendant la Fashion Week de Milan ne l'est pas forcément automatiquement en France pendant la Fashion Week de Paris, ni sur les plateformes numériques. Pour remédier à ce problème, l'UE encourage une meilleure coordination par le biais d'initiatives telles que l'European Licensing Hub. Ce système met en relation les sociétés de gestion collective des droits d'auteur (SGC) afin de simplifier la gestion des droits numériques dans les États membres.

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