Émoticônes et responsabilité précontractuelle.

Les émoticônes ou emojis, également appelés « smileys », sont des représentations stylisées des principales expressions faciales. Le terme « émoticône » est un néologisme issu de la fusion des mots anglais « emotion » et « icon », utilisé pour désigner une petite image qui reproduit nos émotions les plus courantes. Mais aujourd’hui, le groupe initial d’émoticônes, composé des sourires, rires, bouderies, pleurs, soupirs et autres expressions typiques, s’est élargi et comprend également des symboles et des images de toutes sortes. 
Ces petits dessins, utilisés principalement sur Internet et dans les messages pour ajouter des éléments non verbaux à la communication écrite, sont devenus si courants qu’ils constituent, selon certains, un véritable nouveau langage de nature numérique.

À cet égard, il est intéressant de noter ce qui s’est passé récemment en Israël, où un propriétaire a porté plainte, avec succès, contre un couple qui l’avait induit en erreur en rédigeant un message truffé d’émojis. 
Plus précisément, le bailleur, Yaniv Dahan, avait publié une annonce pour la location de sa maison sur un site dédié au marché immobilier, à laquelle le couple malchanceux a répondu, selon le juge, en manifestant une déclaration d’intention. En effet, après que les deux jeunes gens aient répondu à l’annonce, M. Dahan a supprimé son annonce, mais le couple ne s’est plus manifesté. L'affaire a alors été portée devant les juges qui, parmi les preuves utilisées à l'encontre des accusés, ont pris en considération une partie du texte rédigé en réponse à l'annonce, contenant des images représentant diverses expressions et objets, du geste « V » avec les doigts d'une main à une danseuse ou une bouteille de champagne débouchée.
Le juge a statué en faveur de Dahan, condamnant le couple à verser environ deux mille dollars à titre de dommages-intérêts pour responsabilité précontractuelle. En particulier, le juge a motivé sa décision en expliquant que les emojis utilisés par le couple, notamment la bouteille et la danseuse, traduisaient de l’optimisme et de la positivité et, par conséquent, l’intention de conclure le contrat de location. Bien que ce message ne constituât pas un contrat contraignant entre les parties, il était, selon le juge, suffisant pour faire naître une confiance légitime quant à la volonté d’en conclure un à l’avenir.

Il est certain, et c'est désormais une expérience quotidienne partagée par la plupart d'entre nous, que les émoticônes sont des symboles intuitifs et immédiats, dans la mesure où elles traduisent un sentiment ou une référence qu'il serait difficile d'exprimer avec des mots et qui, surtout, prendrait plus de temps à écrire en toutes lettres. 
Il faudrait toutefois se demander si ces petits visages rigolos, en plus de simplifier la vie et d'éliminer les ambiguïtés en clarifiant un concept, n'ont pas remplacé une bonne partie des sentiments, ou plutôt de la volonté de les manifester, rendant la communication virtuelle plus légère et plus inconsciente, et donc moins représentative de la volonté de l'individu.

Pour l'instant, ce jugement israélien est un cas isolé, mais il nous invite sans aucun doute à réfléchir à cette question et à faire attention à ce que nous écrivons ;-)

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